Marcel Tarrès au Mont Dore 1993 : la dernière montée du Roi de la Course de Côte

Il y a des adieux qui se murmurent. Et il y a celui de Marcel Tarrès au Mont Dore, en ce week-end d'août 1993, qui claque comme un coup de fouet. Dix titres de champion de France de la montagne, deux décennies à terroriser le plateau : quand le Roi décide de tirer sa révérence, il ne le fait pas à moitié. Il pulvérise un record vieux de douze ans et referme la porte sur un règne sans partage.

Le bourreau de la course de côte

Avant Marcel Tarrès, la course de côte respirait encore l'amateurisme passionné, ce parfum artisanal des débuts du sport automobile français. Et puis il est arrivé. Avec lui, exit l'improvisation : rigueur chirurgicale, structure organisée, professionnalisme pur. Tarrès ne venait pas tenter sa chance sur une montagne, il venait exécuter un plan de course millimétré.

Dans les années 80, il devient l'homme que personne ne veut voir sur la ligne de départ. Marc Sourd, Christian Debias, Daniel Boccard : des pilotes au talent immense, broyés chrono après chrono. Tarrès ne se contentait pas de gagner. Il démoralisait, il dégoûtait, il installait un climat psychologique où ses adversaires finissaient par douter d'eux-mêmes avant même d'attaquer le premier virage.

Mont Dore 1993 : le chant du cygne… ou presque

Ce week-end-là, l'ambiance au Mont Dore est différente. C'est l'heure des adieux, et cette fois, Marcel a tout à perdre. Face à lui, une nouvelle génération qui court toute la saison, sans la moindre appréhension, quand lui ne fait plus que de rares apparitions au volant de sa Martini, avec deux années sans évolution dans les cartons.

Dès la première montée d'essais, coup de tonnerre : c'est Christian Debias, son vieux rival, qui signe le meilleur temps. La hiérarchie semble enfin vaciller. Dans le paddock, on commence à imaginer la fin d'un règne.

Le dimanche du couperet

Puis vient le dimanche, et ses deux montées de course additionnées — celles qui comptent vraiment. Et là, Marcel Tarrès frappe. Une dernière fois, mais avec une violence inouïe. Le chrono s'affiche : 2 minutes, 20 secondes et 654 millièmes. Le record mythique de 1981 n'est pas seulement battu. Il est pulvérisé de plus d'une seconde. À cet instant précis, la course est déjà terminée dans toutes les têtes.

Pas de magie noire, juste un pied droit plus lourd que les autres

Dans le paddock, on cherche forcément une explication rationnelle à une telle démonstration. La rumeur d'un train de pneus secret enfle rapidement. Mais la vérité, révélée par le fournisseur officiel Avon dans la presse de l'époque, est autrement plus cinglante pour la concurrence : Tarrès roulait sur une gomme standard « 15 », la même que 80 % du plateau. Pas de complot, pas de matériel exclusif. Juste un pilotage supérieur, affûté par ses expériences sur circuit, et un pied droit tout simplement plus lourd que celui des autres.

Les rivaux face à la légende

Derrière le maître absolu, chacun essaie de sauver ce qu'il reste d'honneur. Christian Debias, son grand rival de toujours, ne cache pas son désarroi : se battre contre Tarrès, c'est une torture mentale, prendre 3 secondes dans la vue finit par démoraliser n'importe quel pilote. Pour lui comme pour Daniel Boccard, le départ du Roi est une véritable bouffée d'oxygène : ils vont enfin pouvoir courir entre pilotes... humains.

Boccard, dans un exercice de pragmatisme face à la foudre, termine 2e au scratch et assure au passage son titre de champion.

Ailleurs sur la montagne

Le reste du plateau n'est pas épargné par le drame. Barral Chambéron voit ses chances définitivement ruinées par des soucis de boîte de vitesses, aggravés par le tête-à-queue de Luis Martinez qui immobilise la piste avec un moteur cassé.

Chez les protos, c'est Juan Viñes Dabad qui l'emporte, devant Francesco et José Coué, ainsi qu'un Patrick Dupuy des grands jours. Francis Dosières, lui, survole son groupe au volant de sa BMW, les yeux déjà rivés sur un 5e sacre en Groupe N. Et c'est François Jacobowski qui écrase la concurrence du Groupe N au volant de son Escort Cosworth.

La fin d'un règne, le début d'une légende

Au drapeau à damier, Marcel Tarrès retire son casque pour la dernière fois en course de côte. La décision est irrévocable : il quitte la montagne pour le bitume plat des circuits. Il laisse derrière lui un standard de perfection qui inspire encore aujourd'hui, et un record qui restera gravé dans la pierre du Mont Dore... jusqu'à l'arrivée des controversées Formule 3000.

« Faire ce que l'on aime dans la vie, être passionné par quelque chose sans regarder ce que l'on gagne ou ce que l'on perd, ça permet de rester jeune. » — Marcel Tarrès

Revivez ce moment d'histoire en vidéo

Ce résumé ne rend qu'une partie de l'intensité de ce week-end de légende. Pour vivre la montée, entendre le moteur monter en régime et comprendre en images ce qui a fait de Marcel Tarrès une icône absolue de la course de côte française, direction notre chaîne YouTube pour voir la vidéo complète consacrée à Marcel Tarrès et au Mont Dore 1993.

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