Goodwood : quand la course de côte britannique rencontre les Français et Romain Dumas
Deux pays, deux cultures et deux manières très différentes d'attaquer une montagne. À l'occasion du Festival of Speed de Goodwood, Live4Racing a traversé la Manche avec une question en tête : que connaissent vraiment les Britanniques de la course de côte française… et que savons-nous de la leur ?
Pour y répondre, nous sommes allés directement dans les paddocks et au bord de la célèbre montée de Goodwood. Passionnés, mécaniciens, pilotes du British Hillclimb et spectateurs français se prêtent au jeu. Avec, au milieu de tout cela, un invité qui connaît particulièrement bien la discipline : Romain Dumas.
Vainqueur à Pikes Peak, aux 24 Heures du Mans et aux 24 Heures de Spa, le Français possède une relation particulière avec la course de côte. Une discipline qu'il suit depuis l'enfance et qu'il décrit dans notre vidéo comme « la catégorie la plus noble du sport automobile ».
Goodwood : bien plus qu'un simple défilé de voitures
Le Goodwood Festival of Speed, c'est évidemment un immense rassemblement automobile. Des Formule 1, des prototypes, des voitures de rallye, des machines historiques et des engins parfois improbables se succèdent à quelques mètres du public.
Mais Goodwood, c'est aussi une côte.
Pour une partie du plateau, la montée tient de la démonstration : burnouts, passages spectaculaires et proximité avec le public font partie du spectacle. Pour d'autres, en revanche, le chronomètre reste une affaire très sérieuse.
C'est justement cette frontière entre show, patrimoine et véritable compétition qui rend l'événement si particulier. Les voitures ne restent pas figées derrière des barrières : elles roulent, accélèrent, glissent, freinent et font entendre leur mécanique.
Les Français rencontrés sur place sont pratiquement unanimes : Goodwood est difficile à raconter. Il faut le vivre. Ici, on peut se retrouver à quelques mètres d'une F1, voir une machine historique prendre la piste puis croiser quelques instants plus tard un pilote dans le paddock.
UK vs France : deux philosophies de la course de côte
C'est pourtant en quittant l'univers très particulier de Goodwood que la comparaison devient passionnante.
Car la course de côte britannique possède ses propres codes.
Les épreuves anglaises sont généralement beaucoup plus courtes que les grandes montées continentales évoquées dans la vidéo. Là où la culture française et européenne est associée à des parcours pouvant atteindre plusieurs kilomètres, les Britanniques ont développé des machines capables de délivrer des performances extrêmement concentrées.
Jon Payne nous décrit ainsi des voitures radicales : châssis carbone, véritable appui aérodynamique et moteurs développant autour de 500 chevaux. Au sommet de la discipline, la philosophie peut devenir encore plus extrême.
Alex Summers évoque des machines d'environ 420 kg pour 600 à 700 chevaux.
Le principe est presque brutal dans sa simplicité : enlever tout ce qui n'est pas indispensable. Petit réservoir, refroidissement dimensionné pour des efforts très courts, poids minimum et puissance maximum.
Des constructeurs comme Gould ou Pilbeam incarnent cette culture britannique de la monoplace de côte spécialisée. Un univers finalement assez différent des prototypes que le public français a l'habitude d'associer au Championnat de France de la Montagne.
Alex Summers : champion britannique et passionné de machines radicales
Pour comprendre cet univers, difficile de trouver meilleur interlocuteur qu'Alex Summers, champion britannique de la montagne en 2015.
À Goodwood, il ne pilote pourtant pas l'une de ces minuscules monoplaces modernes. Il est installé dans quelque chose de beaucoup plus imposant : une Shadow DN4 de 1974, une spectaculaire Can-Am associée au titre remporté à l'époque avec Jackie Oliver.
Deux mondes très différents, mais une même obsession pour la performance.
Alex Summers résume aussi parfaitement le paradoxe du hillclimb britannique. Dans le paddock, l'ambiance est incroyablement conviviale. Les concurrents peuvent s'entraider, prêter des outils, des pneus et même partager une voiture entre deux pilotes.
Mais lorsque le chrono démarre, cette convivialité disparaît derrière une compétition féroce.
Quelques secondes suffisent alors pour faire la différence.
Shelsley Walsh, Prescott : l'autre visage du patrimoine britannique
La course de côte anglaise ne se résume évidemment pas aux voitures modernes.
Avec Allan Winn, vice-président du Brooklands Museum Trust et pilote de l'impressionnante Napier-Railton, la discussion prend une dimension historique.
Il évoque notamment Shelsley Walsh, référence absolue de la culture hillclimb britannique, mais aussi Prescott et son célèbre meeting consacré aux voitures anciennes.
À Shelsley Walsh, cette histoire est même une affaire de famille pour l'un des passionnés interrogés dans notre vidéo : son arrière-grand-père y courait déjà en 1924. Quatre générations plus tard, la passion est toujours là.
C'est peut-être l'une des grandes différences culturelles révélées par ce voyage. Au Royaume-Uni, le hillclimb mélange naturellement compétition, club racing et patrimoine automobile. Les machines historiques ne sont pas seulement exposées : elles continuent à vivre.
Une philosophie qui résonne forcément avec la ligne éditoriale de Live4Racing, où nous cherchons justement à faire le lien entre le sport automobile d'aujourd'hui et les machines qui ont construit son histoire.
Romain Dumas : de Pikes Peak à Goodwood
Et puis il y a Romain Dumas.
Quelques semaines après Pikes Peak, le Français retrouve à Goodwood un exercice qui porte le même nom — une course de côte — mais dont la réalité est totalement différente.
Pikes Peak, c'est une montée longue et large, avec une arrivée à très haute altitude. Goodwood est beaucoup plus court et surtout beaucoup plus étroit, avec ses célèbres bottes de paille qui ne laissent pratiquement aucune place à l'erreur.
La voiture elle-même illustre cette opposition. Dumas explique que la machine engagée à Goodwood est bien celle conçue pour Pikes Peak, avec notamment une capacité de batterie adaptée aux contraintes de cette épreuve. Résultat : environ 1,6 tonne.
À Goodwood, il préférerait évidemment disposer d'une voiture beaucoup plus légère et agile. À l'inverse, une pure voiture européenne de course de côte montrerait ses limites face aux contraintes très spécifiques de Pikes Peak.
Même discipline sur le papier. Deux exercices presque opposés dans la réalité.
Romain Dumas en Championnat de France de la Montagne ?
C'est probablement l'un des passages qui parlera le plus aux passionnés français.
Quand nous lui demandons quand on pourra le voir en Championnat de France de la Montagne, Romain Dumas ne ferme absolument pas la porte.
La course de côte fait partie de son histoire personnelle. Enfant, il suivait déjà son père sur des épreuves comme le Col Saint-Pierre ou Sabran. Aujourd'hui encore, il suit la discipline française et européenne.
Une saison complète en prototype ? Le niveau de risque le fait réfléchir. En revanche, une participation en GT, une fois sa carrière internationale moins chargée, semble clairement lui faire envie.
Pour Dumas, la course de côte reste surtout un endroit où se retrouvent les passionnés les plus engagés du sport automobile. Les pilotes de prototypes y évoluent avec une marge extrêmement réduite, sur des routes où chaque erreur peut coûter très cher.
C'est cette combinaison de courage, de risque et de passion qui lui fait employer une formule particulièrement forte : la course de côte est, à ses yeux, « la catégorie la plus noble du sport automobile ».
Que connaissent les Anglais du sport automobile français ?
Après la technique et la compétition, place au jeu.
Lorsque nous demandons aux Britanniques quelle image leur vient immédiatement à l'esprit lorsqu'on parle de sport automobile français, certaines réponses arrivent vite : Peugeot 205 Turbo 16, Alpine, Renault et Alain Prost.
Mais lorsqu'on bascule vers la course de côte française, l'exercice devient nettement plus compliqué.
Alors Live4Racing sort les photos.
Le Mont-Dore ? Le Mont Ventoux ? Bernard Chambérod ? Marcel Tarrès ? Fabien Bourgeon ? Nicolas Schatz ? Daniel Boccard ?
Commence alors un quiz aussi amusant qu'intéressant. Certains noms réveillent immédiatement des souvenirs. D'autres provoquent quelques hésitations. Et certaines figures françaises sont reconnues grâce à une voiture, un casque, une livrée ou simplement un détail aperçu quelques années auparavant.
Alex Summers possède notamment un lien particulier avec la côte française grâce aux FIA Hill Climb Masters, où il a pu rencontrer des pilotes français et partager cette culture très particulière des voitures construites et développées presque artisanalement.
Et lorsqu'on lui parle du Mont Ventoux, l'envie est évidente : une montée aussi longue représente quelque chose de presque exotique pour un pilote habitué aux formats britanniques beaucoup plus courts.
France – Royaume-Uni : différents, mais animés par la même passion
Finalement, cette confrontation UK vs France montre surtout que les différences sont nombreuses.
Les Britanniques ont leurs tracés courts, leurs monoplaces ultra-légères, leur club racing et des lieux historiques comme Shelsley Walsh ou Prescott.
La France possède ses longues montées, ses prototypes, ses GT et des noms qui ont marqué plusieurs générations : Marcel Tarrès, Bernard Chambérod, Lionel Régal, Nicolas Schatz et bien d'autres.
Mais derrière les règlements, les voitures et les kilomètres de parcours, on retrouve exactement la même chose : des passionnés capables de consacrer énormément de temps à une machine pour quelques dizaines de secondes d'adrénaline.
Et c'est probablement là que Français et Britanniques se comprennent le mieux.
Voir notre immersion complète à Goodwood
Les rencontres avec Romain Dumas, Alex Summers, Jon Payne, Allan Winn ainsi qu'avec Chiann, Seth et Rob sont à découvrir dans notre reportage complet.
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