Goodwood 1949 : le programme original qui révèle un résultat oublié de Stirling Moss
Un vieux programme de course peut parfois raconter beaucoup plus que le classement imprimé sur ses pages. Celui que nous avons emporté à Goodwood en est la parfaite démonstration. Daté du 18 avril 1949, lundi de Pâques, il accompagnait la première réunion internationale organisée sur le jeune circuit britannique. Mais surtout, son propriétaire de l'époque l'a rempli d'annotations manuscrites.
Des numéros, des résultats, des temps, quelques observations… Autant de traces laissées par un spectateur dont nous ignorons aujourd'hui l'identité. Faute de mieux, nous l'avons surnommé « Lewis ». Et plus de 75 ans après cette journée de course, ses notes vont nous permettre de retrouver une information particulièrement intéressante concernant Stirling Moss.
Dans cette vidéo Live4Racing, David retourne directement à Goodwood avec ce programme original pour le feuilleter là où il a probablement été utilisé en 1949.
Goodwood : un circuit né sur un ancien aérodrome
Pour comprendre ce document, il faut d'abord revenir aux origines de Goodwood. Le circuit est installé autour de l'ancien aérodrome militaire de RAF Westhampnett, utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale. Son tracé reprend les routes périphériques de l'aérodrome.
Le Goodwood Motor Circuit ouvre officiellement le 18 septembre 1948. Le public britannique retrouve alors un véritable meeting automobile permanent après les années de guerre. Quelque 15 000 spectateurs assistent à cette première journée et un jeune pilote de 19 ans y remporte sa première course : Stirling Moss.
Goodwood va ensuite devenir l'un des hauts lieux du sport automobile britannique. De 1948 à 1966, les plus grands noms viennent y courir avant que les compétitions contemporaines ne s'arrêtent sur ce tracé devenu extrêmement rapide face aux performances croissantes des voitures.
Le circuit continue cependant à servir aux essais. Son histoire reste également marquée par deux événements majeurs : le grave accident de Stirling Moss à Goodwood en 1962, qui précédera la fin de sa carrière de pilote, et la mort de Bruce McLaren lors d'essais en 1970.
Aujourd'hui, Goodwood conserve cette relation exceptionnelle avec son passé, notamment grâce au Goodwood Revival. Plus d'informations sur l'histoire du circuit sont disponibles sur le site officiel de Goodwood.
18 avril 1949 : Goodwood passe à l'international
Revenons maintenant au document. Nous sommes le lundi 18 avril 1949. Quelques mois seulement après l'ouverture du circuit, Goodwood accueille sa première réunion internationale.
Le programme est dense, avec plusieurs courses au cours de la journée. L'épreuve phare est le Richmond Trophy, réservé aux monoplaces de Grand Prix. Le Championnat du monde de Formule 1 n'existe pas encore — il faudra attendre 1950 — mais les machines et les pilotes qui préfigurent cette nouvelle ère sont déjà là.
Et l'homme fort de la journée s'appelle Reg Parnell.
Reg Parnell et la Maserati 4CLT/48
Reg Parnell fait partie des grandes figures britanniques de l'immédiat après-guerre. À Goodwood, il est déjà un homme à battre : en septembre 1948, il avait remporté le Goodwood Trophy au volant d'une Maserati 4CLT/48.
À Pâques 1949, Parnell s'impose de nouveau et remporte le Richmond Trophy. Les archives historiques de Goodwood indiquent même qu'il remporte trois courses lors de cette première réunion internationale.
Son nom est aujourd'hui moins immédiatement reconnaissable que celui de Moss, Fangio ou Ascari, mais Parnell occupe une place importante dans les débuts de la Formule 1. L'année suivante, lors du tout premier Grand Prix comptant pour le Championnat du monde de Formule 1 à Silverstone, il terminera troisième derrière Giuseppe Farina et Luigi Fagioli.
Stirling Moss : avant la légende
Mais un autre nom apparaît dans les pages du programme : Stirling Moss.
En 1949, il est encore très loin du statut de légende qu'il acquerra au cours de la décennie suivante. Il court notamment dans les petites monoplaces de Formule 3 500 cm³, une catégorie légère, spectaculaire et essentielle à l'éclosion de nombreux pilotes britanniques.
Lors de cette journée de Pâques, Moss abandonne dans une première épreuve. Il participe cependant à une autre course disputée sous forme de handicap, un système destiné à rapprocher les performances des concurrents en jouant notamment sur les conditions de départ.
Et c'est précisément là que notre vieux programme devient beaucoup plus qu'un simple objet de collection.
« Lewis » et l'énigme du numéro 51
Lorsque nous avons cherché à reconstituer cette journée, retrouver le résultat du Richmond Trophy était relativement simple. Pour certaines courses support, en revanche, les informations étaient beaucoup moins évidentes à retrouver.
C'est alors que les annotations manuscrites prennent tout leur sens.
Sur la page consacrée aux résultats, « Lewis » a consciencieusement noté le vainqueur : numéro 51. En revenant à la liste des engagés du programme, ce numéro permet d'identifier le pilote.
Stirling Moss.
Le programme indique ainsi, par l'intermédiaire de son ancien propriétaire, le résultat observé directement pendant cette journée de 1949. Une petite annotation au crayon ou au stylo, anodine à l'époque, devient plusieurs décennies plus tard une véritable trace historique.
C'est aussi toute la magie des documents d'époque : l'histoire du sport automobile ne se trouve pas uniquement dans les palmarès et les archives officielles. Elle survit parfois dans ce qu'un spectateur a décidé de griffonner dans la marge d'un programme.
Un circuit encore sans sa célèbre chicane
Le programme contient également un plan particulièrement intéressant de Goodwood. Et un détail saute aux yeux : la chicane n'existe pas encore.
En 1949, les voitures arrivent donc beaucoup plus rapidement vers la zone des stands. La chicane sera installée en 1951, dans un contexte où l'augmentation des vitesses commence déjà à poser de nouvelles questions de sécurité.
Dans la vidéo, nous retournons précisément à cet endroit, mais également dans les stands historiques et au bord des grandes courbes rapides de Goodwood. Feuilleter le programme sur le circuit donne soudain une autre dimension aux pages : les noms et les numéros imprimés retrouvent leur décor.
Casque conseillé… mais pas obligatoire
Le programme réserve aussi quelques détails qui semblent presque irréels avec notre regard actuel.
Le port du casque y est notamment présenté comme recommandé plutôt que systématiquement obligatoire, tandis que certaines protections pour les yeux font l'objet d'instructions plus strictes.
Autre curiosité : les organisateurs expliquent pourquoi certaines positions de départ sont déterminées par tirage au sort. L'idée est simple : éviter qu'un classement strictement établi selon la vitesse ne place systématiquement les meilleurs devant et ne rende la course trop prévisible. Mettre certains favoris plus loin sur la grille promet davantage de dépassements et de spectacle.
Une conception du sport automobile qui appartient clairement à une autre époque.
66 engagés et plusieurs courses pour un même pilote
La liste des engagés est elle aussi fascinante : 66 pilotes figurent dans le programme, certains participant à plusieurs épreuves avec des voitures ou dans des catégories différentes.
On retrouve les Maserati, les célèbres ERA britanniques et la Scuderia Ambrosiana parmi les noms et machines associés au Richmond Trophy. Une photographie instantanée du sport automobile européen de l'après-guerre, à une époque où les frontières entre les différentes catégories étaient beaucoup moins rigides qu'aujourd'hui.
Page après page, le programme raconte ainsi bien davantage qu'une simple journée de compétition.
Quand un programme devient une machine à remonter le temps
C'est finalement ce qui rend cet objet si attachant. Il n'est pas resté pendant des décennies parfaitement conservé dans une pochette. Il a été emporté sur un circuit. Feuilleté. Annoté. Probablement plié et manipulé pendant que les voitures passaient devant son propriétaire.
Et ces traces d'utilisation constituent aujourd'hui sa plus grande richesse.
Nous ne savons pas qui était réellement « Lewis ». Était-il simplement passionné de sport automobile ? Venait-il régulièrement à Goodwood ? Où se trouvait-il exactement le 18 avril 1949 ?
Impossible de le savoir avec certitude.
Mais grâce à lui, nous pouvons aujourd'hui relier un programme imprimé, une course vieille de plus de trois quarts de siècle et les débuts de l'un des plus grands pilotes de l'histoire.
Découvrez le programme de Goodwood 1949 en vidéo
Le meilleur moyen de comprendre cet objet reste encore de le voir. Dans la vidéo complète, David vous emmène sur le circuit de Goodwood, de la chicane aux stands historiques en passant par les grandes courbes du tracé, avant de feuilleter le programme original page après page.
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