Course de côte d'Ampus : le mythe varois revit avec Michel Pignard
Il y a des routes qui gardent la mémoire des voitures qui sont passées dessus. Ampus, petit village perché du Var, entre Draguignan et les gorges du Verdon, en fait partie. De 1923 à 1986, son tracé a vu défiler prototypes, Formule 2 et Groupe 6 dans le cadre du championnat d'Europe de la montagne. Pour notre dernière vidéo, on a repris la route en compagnie de Michel Pignard, qui a grimpé Ampus neuf fois avec neuf voitures différentes entre 1971 et 1992. Un pèlerinage forcément chargé en émotion, ponctué d'une rencontre inattendue avec un autre habitué des lieux : Marcel Tarrès.
Une course née sur deux roues, devenue référence européenne
Comme beaucoup de courses de côte françaises, Ampus est d'abord une histoire de motos, organisée dès les années 1920. Les voitures se greffent ensuite au programme, la guerre interrompt tout, puis la course reprend son rythme de croisière à partir de 1965. Le vrai tournant arrive en 1972 : Ampus intègre le calendrier du championnat d'Europe de la montagne, où elle restera jusqu'en 1986. Pour situer le niveau : sur cette période, le plateau affronte régulièrement les meilleurs pilotes du continent, Italiens en tête, dont l'increvable Mauro Nesti, plusieurs fois champion d'Europe et adversaire redouté de toute une génération de grimpeurs français.
7 km, 377 m de dénivelé... et jusqu'à 20 000 spectateurs
À l'époque des Charbonnières, du Ventoux ou du Mont-Dore, courses fleuves qui frôlaient les 20 km, les 7 km d'Ampus ne payaient pas de mine sur le papier. Avec 377 m de dénivelé et une pente moyenne de 5,5 %, le profil reste roulant — largement de quoi permettre aux prototypes de flirter avec les 210-220 km/h dans les lignes droites. Ce qui a construit la légende d'Ampus, c'est ailleurs : dans les tribunes. La course a rassemblé jusqu'à 20 000 spectateurs dans les années 1970, et jusqu'à 220 concurrents engagés sur une même édition — des chiffres dignes des plus grandes classiques du Mont-Dore, portés par la présence d'un plateau international venu chercher des points au championnat d'Europe.
Le hameau : l'endroit où tout pouvait basculer
Le point de passage le plus fou du tracé, c'est ce hameau qu'on traverse encore aujourd'hui en voiture de route... à une vitesse nettement plus raisonnable qu'à l'époque. Entre les murs des maisons, les prototypes filaient à 140-150 km/h. Michel Pignard s'en souvient très bien : aux essais 1978, meilleure performance du plateau à la clé, il place un peu trop la corde à la sortie du hameau et se retrouve en travers, sauvé de justesse après une centaine de mètres de glisse. Une prise de risque à l'image de toute la course : du pur pilotage, sans marge d'erreur.
Neuf ans, neuf voitures : les saisons de Michel Pignard à Ampus
- 1971 — Alpine : 23e au général, 7e du groupe 4, dans un plateau d'Alpine A110 où seules les Porsche d'usine faisaient vraiment la loi.
- 1974 — Pygmée : 4e au général, une progression nette malgré une auto que Michel garde peu de bons souvenirs.
- 1977 — Chevron B36 : 5e au général, juste derrière Mauro Nesti himself — la référence absolue du championnat d'Europe à l'époque.
- 1978 — F2 ex-Stadler : engagé mais non classé. Meilleur temps aux essais, plusieurs secondes devant tout le monde... puis moteur cassé juste après le hameau. Le scénario classique de la course de côte : tout gagner à l'entraînement, tout perdre le jour J.
- 1979 — March : 3e au général pour... 16 centièmes de seconde entre les trois premiers. De quoi laisser des regrets, surtout avec le meilleur temps des essais en poche.
- 1980 — Toj : une saison où Michel Pignard croise la route d'un certain Yves Courage. Le natif du Mans, alors pilote de courses de côte sur Chevron B36, deviendra quelques années plus tard le fondateur de Courage Compétition et un habitué du plateau des 24 Heures du Mans. Une preuve de plus que la course de côte a longtemps été l'antichambre de l'endurance et du sport-prototype français — un fil rouge qu'on adore suivre chez Live4Racing.
Marcel Tarrès : la victoire d'une vie, aux béquilles
Le moment le plus fort de la vidéo n'est pas dans les chiffres, il est dans les retrouvailles à l'arrivée avec Marcel Tarrès. Après un accident terrible qui l'a laissé plusieurs mois immobilisé — 65 jours attaché à un lit d'hôpital, puis de longs mois de rééducation — tout le monde le pensait fini. Sa première course après cet accident ? Une course de côte. Il s'y présente encore aux béquilles, incapable de descendre seul de sa voiture entre les manches. Et il la gagne. Un pied de nez à ceux qui l'avaient enterré trop vite, et l'un des souvenirs les plus forts de toute sa carrière — qu'il raconte avec une émotion intacte, presque cinquante ans après.
1986 : la fin d'une époque
Comme beaucoup de courses de côte historiques, Ampus s'éteint progressivement à la fin des années 1980 : quelques éditions pluvieuses qui font chuter la fréquentation et donc les recettes, une urbanisation croissante autour d'un tracé de 7 km de plus en plus difficile à sécuriser — notamment autour de ce fameux hameau. La dernière édition officielle a lieu en 1986. Une tentative de relance en 1992-1993 ne suffira pas à faire revivre durablement la course.
Retour sur les lieux, presque 50 ans après
Dans la vidéo, Michel Pignard retrouve Marcel Tarrès directement à l'arrivée du tracé. Les repères ont disparu, la végétation a tout envahi, mais la route, elle, est toujours là — un peu de nostalgie, beaucoup d'émotion, et le plaisir intact de refaire ensemble, en mots et en images, la montée qui a marqué leur jeunesse.
Toutes ces anecdotes, ces images d'archives et cette balade sur le tracé d'Ampus sont à retrouver en intégralité dans notre dernière vidéo sur la chaîne YouTube Live4Racing. Si l'histoire de la course de côte et du patrimoine automobile français vous passionne, c'est le moment de vous abonner : on prépare d'autres road-trips du même genre.
Et pour les images qui n'ont pas leur place dans la vidéo — photos d'archives, coulisses du tournage, extraits en stories — direction notre compte Instagram Live4Racing et le reportage photo complet sur live4racing.com.
Tags : course de côte, Ampus, championnat d'Europe de la montagne, Michel Pignard, Marcel Tarrès, Mauro Nesti, Yves Courage, Var, Draguignan, sport automobile historique, hillclimb, Chevron B36